Comment Moët & Chandon est devenu le goût de la victoire en Formule 1
Depuis plus de soixante-quinze ans, le champagne des champions accompagne les célébrations, des premiers toasts aux podiums d’aujourd’hui…
- Texte: Jonathan Wells
Quel a été votre moment préféré dans l’histoire de la Formule 1 ? Est-ce lorsqu’en 1993, à Donington Park, Ayrton Senna a réalisé la plus grande démonstration de pilotage sous la pluie de l’histoire de ce sport ? Peut-être est-ce le Grand Prix d’Espagne 1996, lorsque Michael Schumacher a décroché sa première victoire pour Ferrari malgré la défaillance catastrophique d’un cylindre moteur. Ou, puisqu’on parle de premières victoires avec Ferrari, peut-être est-ce le tout premier succès de Lewis Hamilton avec la Scuderia — lui aussi à Barcelone, il y a quelques jours à peine.
Il y en a trop pour n’en choisir qu’un. Et malgré d’étonnantes similitudes entre les plus grands exploits de Schumacher et de Hamilton au volant, chacun de ces moments historiques est unique. Des années différentes. Des circuits différents. Des continents différents. Des voitures différentes. Pourtant, un point commun les unit tous : à l’issue de chaque course, sur les podiums du monde entier, le Moët & Chandon coulait à flots.

Lewis Hamilton at the 2026 Barcelona-Catalunya Grand Prix
Aujourd’hui, Moët & Chandon est le champagne officiel de la Formule 1, mais cette association est née de manière bien plus spontanée, il y a plusieurs décennies. Nous sommes en 1950. À l’approche du Grand Prix de France — l’avant-dernière course du tout premier Championnat du monde de Formule 1 — Juan Manuel Fangio occupe de justesse la tête du classement. Après ses victoires à Monaco et en Belgique, l’Argentin vise la victoire sur le circuit de Reims-Gueux baigné de soleil.
Pilotant avec le calme et la maîtrise qui le caractérisaient, Fangio franchit la ligne d’arrivée en vainqueur. Et puisqu’ils se trouvaient en Champagne, le vigneron de sixième génération Frédéric Chandon de Briailles l’attendait sur la ligne d’arrivée, une bouteille à la main pour la lui remettre. La tradition d’asperger de champagne le podium n’était peut-être pas encore établie dans le sport automobile, mais ce geste donna naissance à un rituel qui perdure encore aujourd’hui : célébrer la victoire avec un jéroboam, symbole de triomphe.
Cependant, la Formule 1 évoluait. Au fil des années suivantes, le sport automobile ne se résumait plus aux voitures sur la piste : il devint un symbole de célébrité, de glamour et de luxe. Dès les années 1960, des personnalités telles que Jim Clark et Graham Hill commencèrent à faire du podium des vainqueurs une scène internationale. Et, en 1966, Moët & Chandon devint le fournisseur officiel des podiums de la discipline, une pole position que la Maison conserva sans interruption pendant 34 saisons riches en adrénaline.

Jackie Stewart at the 1968 Dutch Grand Prix
Jackie Stewart, photographié ici levant sa flûte après sa victoire au Grand Prix des Pays-Bas en 1968, était une autre icône de cette époque, alors que la Formule 1 entrait dans l’ère moderne et devenait synonyme de vitesse, de raffinement et de réussite. Moët & Chandon s’imposait donc comme le choix idéal : un champagne toujours lumineux et accessible, aux arômes de poire, de pêche blanche et d’agrumes, auxquels se mêlent des notes de miel, d’amande et de brioche. Et la texture ? Ses bulles fines et persistantes lui confèrent une texture presque crémeuse, plus douce encore que l’asphalte parfaitement lisse de Zandvoort.
C’est également à cette époque que la tradition d’asperger le champagne a commencé. Tout a débuté lors des 24 Heures du Mans de 1966 : après que trois voitures Ford eurent dominé la course d’endurance, Henry Ford II rompit avec la tradition. Au lieu de la bouteille habituelle, il demanda un jéroboam de Moët & Chandon, déclarant que lorsque l’Amérique gagne, elle célèbre sa victoire — naturellement — avec trois litres de champagne.
Cependant, lors de la cérémonie de remise des prix, le jéroboam remis à Jo Siffert et Colin Davis, vainqueurs de la catégorie 2 litres, avait été secoué trop vigoureusement. Son bouchon sauta, arrosant le podium d’une pluie de champagne. Un an plus tard, aux 24 Heures du Mans 1967, Dan Gurney transforma cet accident en tradition en secouant délibérément son jéroboam, en faisant sauter le bouchon et en aspergeant la foule.
Deux ans plus tard, lors du Grand Prix de France 1969 à Clermont-Ferrand, Jackie Stewart devint le premier pilote de Formule 1 à asperger la foule après une course. Là encore, ce fut en grande partie accidentel. « Personne ne m’avait dit que la bouteille était restée au soleil », écrivit-il des années plus tard dans son autobiographie, Gagner ne suffit pas. « Alors, lorsque j’ai libéré le bouchon, le champagne s’est mis à mousser et à jaillir. J’ai pensé qu’il serait dommage d’en gaspiller, alors j’ai appuyé mon pouce sur le goulot, mais cela n’a fait qu’augmenter la pression et produire un jet puissant. Tout le monde appréciait le spectacle ; je me suis donc dit qu’autant m’amuser et j’ai commencé à tourner sur moi-même, aspergeant de champagne tout autour de moi. »

Alain Prost at the 1993 Spanish Grand Prix
Ayrton Senna after winning the 1988 Canadian Grand Prix
Ce ne serait pas une première. Stewart a remporté trois titres de champion du monde et a donc eu droit à sa part de Moët & Chandon. Mais Alain Prost a levé encore plus de flûtes que le « Flying Scot ». Avec quatre titres sous sa combinaison, le Français incarnait l’âge d’or de la Formule 1 dans les années 1980. Et après chaque course de cette époque dorée venaient les bulles, tout aussi dorées, du meilleur cru d’Épernay. À cette époque, la traditionnelle douche de champagne était devenue de rigueur sur le podium — même si Prost n’était pas toujours celui qui tenait la bouteille.
Car cette décennie fut celle de la célèbre rivalité entre Prost et Senna. Ayrton Senna remporta son premier championnat en 1988 — un grand cru non seulement pour le jeune pilote brésilien, mais aussi pour Moët & Chandon. Largement considérée comme l’une des plus belles vendanges de Champagne du siècle, elle fut suivie, à peine deux ans plus tard, par une autre année faste pour la Maison, 1990 étant également un millésime très réputé. Coïncidence, ce fut aussi une nouvelle année de succès pour Senna, qui remporta une fois encore le championnat.
Michael Schumacher at the 1997 Japanese Grand Prix
Le timing de Michael Schumacher n’était pas aussi étincelant. Le pilote allemand a certes remporté sept titres au cours de sa brillante carrière menée tambour battant (entre 1994 et 2004), mais il s’est incliné face à Damon Hill en 1996 — l’un des plus grands millésimes de Champagne. Avec 91 victoires en Grand Prix, Schumacher a néanmoins largement eu l’occasion d’asperger ses coéquipiers de Moët Impérial Brut et d’en savourer quelques gorgées.
Pendant plusieurs années après le passage au nouveau millénaire, la Maison s’est éloignée de ce sport, avant d’y revenir pendant le confinement — lorsque des problèmes logistiques ont empêché le fournisseur en titre d’acheminer facilement ses bouteilles jusqu’au podium. Ce retour bienvenu préfigurait celui de Moët & Chandon à temps plein en Formule 1 en 2024, année où un accord de partenariat historique de dix ans a été conclu entre la discipline et le groupe de luxe LVMH. L’année dernière, la Maison est même devenue partenaire-titre du Grand Prix de Belgique de Formule 1 Moët & Chandon 2025.


Aujourd’hui, cette association est plus forte que jamais. Au cœur des caves historiques de la Maison à Épernay, des caveaux abritent une réserve rare et précieuse de jéroboams, chacun étant destiné à la Formule 1. Une fois acheminés sur le circuit du Grand Prix, ils sont signés par les vainqueurs de la course et partagés entre les équipes gagnantes sur le podium.
Certain circuits have an even bolder Moët & Chandon presence, such as Silverstone, where the trackside VIP area of the Silverstone Fusion Lounge has this year been transformed into the exclusive Moët & Chandon Club, a refined and immersive destination designed to celebrate the spirit and legacy of the legendary British Grand Prix.
Car nombre de ces courses sont bel et bien entrées dans la légende. Et depuis plus de soixante-quinze ans, Moët & Chandon accompagne les plus grands moments de la Formule 1 — du premier toast porté à la victoire de Fangio aux célébrations sur les podiums d’aujourd’hui. Les voitures vont toujours plus vite, les records tombent et les champions se succèdent. Mais le rituel reste le même : le bouchon saute, le champagne coule à flots et la combinaison de l’un des pilotes finit très, très mouillée.
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