
Montre de la semaine : Chopard L.U.C Grand Strike
Trente ans à repousser les limites de la « haute horlogerie » moderne méritent rien de moins que le cadeau d’anniversaire le plus virtuose dont puisse rêver tout passionné de montres.
- Texte: Alex Doak
Il y a la « haute horlogerie », et puis il y a la « Haute Horlogerie » – cette dernière étant la spécialité de « L.U.C », à la fois laboratoire d’idées et cellule de recherche ultrasecrète de Chopard. Une prouesse d’autant plus impressionnante au regard de son jeune âge.
Cela dit, en faisant renaître l’esprit d’entreprise de Louis-Ulysse Chopard, figure tutélaire du XIXe siècle dont L.U.C porte le nom, le coprésident Karl Friedrich Scheufele ne se serait jamais contenté de moins pour ce projet qui lui tenait tant à cœur au milieu des années 1990.
Une aventure qui atteint aujourd’hui son apogée avec une création que nul en Suisse ne pourrait aisément surpasser, quel que soit le nombre de siècles d’héritage dont il puisse se prévaloir.
La L.U.C « Grand Strike », dévoilée en novembre dernier, est une œuvre incontestable de maîtrise mécanique, entièrement développée dans les ateliers du joaillier-horloger préféré des habitués du tapis rouge — et juste à temps pour le 30e anniversaire de la prestigieuse manufacture horlogère de Chopard.
Cette charmante montre à sonnerie propose trois modes musicaux : une « grande sonnerie » (qui sonne au passage les quarts et les heures), une « petite sonnerie » (les heures au passage) et une « répétition minutes » (les heures, les quarts, puis les minutes restantes, déclenchés d’une simple pression du doigt). Chaque « passage » est interprété par un orchestre miniature que l’affichage sans cadran place à juste titre sous les projecteurs : une section de percussions composée de deux marteaux et de deux timbres circulaires se produit en haut à gauche de la scène (c’est-à-dire entre 9 et 11 heures).
« Chez Chopard, nous avons toujours eu l’intention de concevoir une “grande sonnerie”, s’enthousiasme Monsieur Scheufele. Lorsque vous regardez la L.U.C Grand Strike, vous voyez l’aboutissement de 30 années d’innovation dans le domaine de la haute horlogerie. Sans oublier le fruit de plus de 11 000 heures de recherche et développement ciblés. »
Dans l’univers très exclusif de l’horlogerie suisse, seules quelques rares maisons peuvent se prévaloir d’une production 100 % intégrée, dite « manufacture ». Au sein d’ateliers établis sur les versants verdoyants du Val-de-Travers, dans le massif du Jura, ainsi qu’en contrebas, près des rives du lac Léman, les artisans passionnés de Chopard Manufacture conçoivent, usinent, décorent et assemblent chaque composant qui anime une montre « L.U.C », le tout sous ses propres toits, sans faire appel au réseau historique d’ateliers indépendants de la région.

Les visiteurs intrépides qui s’aventurent dans le paisible village de Fleurier peuvent admirer, au siège de L.U.C, une succession de vitrines retraçant son histoire, à commencer par la toute première montre en or jaune à abriter le calibre 96.01, élue « Montre de l’année 1997 » par le magazine Montres Passion. On y découvre également l’« Engine One » de 2010, au design épuré, créée pour célébrer le 150e anniversaire de Chopard et inspirée par la passion de Karl-Friedrich Scheufele pour l’automobile de haute performance. (Un classique moderne réservé aux connaisseurs, aujourd’hui réinventé à l’occasion de l’autre révélation ultraconfidentielle de la semaine : le concept « Lab One », conçu en collaboration avec le légendaire carrossier italien Zagato. Châssis tubulaire compris.)
Alors que la maison se prépare, au sens propre, à l’épique « Grand Strike » de cette année, rappelons qu’en 2017, Monsieur Scheufele et son équipe avaient eu l’honneur de recevoir la « Main d’or », ou « Aiguille d’Or », lors des « Oscars de l’horlogerie suisse », le Grand Prix d'Horlogerie de Genève, pour la montre « Full Strike » de la division L.U.C.

Non seulement la Full Strike a été considérée comme la « reine du salon » par les sommités du secteur, tout en constituant la première répétition minutes de Chopard, mais elle demeure une montre à sonnerie éminemment innovante grâce à une ingénieuse prouesse, reprise sur la Grand Strike de cette année : elle fait retentir une mélodieuse combinaison de deux notes — do dièse pour les heures, do dièse et fa pour les quarts, puis fa pour chaque minute restante. Mais au lieu des deux timbres en fil d’alliage vissés au mouvement, comme le veut la tradition, elle utilise deux timbres en cristal de saphir usinés d’un seul tenant avec la glace qui recouvre le cadran.
En canalisant et en amplifiant directement vers l’extérieur les vibrations des timbres par l’intermédiaire du dôme, plutôt qu’en s’appuyant sur une chambre acoustique métallique où le son se propage dans l’air, le résultat sonore est à la fois ample, puissant et d’une précision cristalline.
Cette extraordinaire construction en saphir « monobloc » fait l’objet de l’un des nombreux brevets déposés par Chopard au cours des 15 000 heures nécessaires au développement du mouvement L.U.C 08.01-L de la Full Strike. Et grâce à sa transparence intrinsèque, la danse percussive de ses minuscules marteaux peut être admirée chaque fois que vous appuyez sur « lecture » à l’aide du poussoir intégré à la couronne.
En réunissant les trois composants de la sonnerie en une seule pièce de saphir, Chopard Manufacture a, pour ainsi dire, brisé le plafond de verre, s’imposant comme le principal acteur suisse de la rupture dans le domaine du verre minéral. Et dans un souci de « transparence » tout à fait approprié, Chopard est fière de révéler son étroite collaboration avec plusieurs experts virtuoses indépendants.
Le violoniste Renaud Capuçon et le violoncelliste Gautier Capuçon, frères et solistes, ont peaufiné chacune des montres à sonnerie sur saphir de Chopard, assurant ainsi une « chaîne de propagation » harmonieuse qui résonne dans chaque nouvelle création. Le professeur Romain Boulandet, responsable du Laboratoire d’acoustique appliquée de la Haute école du paysage, d’ingénierie et d’architecture de Genève (HEPIA), vérifie ensuite leur équilibre acoustique dans sa « chambre anéchoïque ».
« Si la sonnerie vous émeut, c’est parce que notre façon de concevoir les montres trouve un écho en vous », explique Karl-Friedrich Scheufele dans une métaphore révélatrice, car aucune Grand Strike ne sonne exactement comme une autre.
Un autre ballet micromécanique se joue à 6 heures, où la cage du « tourbillon » du calibre L.U.C 08.03-L de la Grand Strike effectue une pirouette par minute. Imaginé à l’origine par Abraham-Louis Breguet il y a plus de deux siècles afin de compenser les effets de la gravité sur le balancier oscillant qui bat en son cœur, reconnaissons-le sans détour : comme pour les marteaux et les timbres, tout est ici affaire de spectacle, d’autant mieux mis en scène que le tourbillon virevoltant est suspendu à un pont transparent en saphir.
L’éblouissant assemblage de micromécanismes de la Grand Strike pourrait sembler être une entreprise complexe et sujette aux dysfonctionnements – et les mécanismes de sonnerie sont notoirement délicats –, mais dans l’esprit de l’approche résolument moderne de L.U.C visant à faire progresser l’horlogerie « compliquée », la Grand Strike a avant tout été conçue pour offrir une réelle praticité au quotidien. Pas moins de cinq nouveaux brevets ont été accordés, tous destinés à garantir précisément cela.
Pour couronner le tout, le foisonnement de micromécanismes de la L.U.C Full Strike Tourbillon est poli à la main selon les douze critères d’excellence exigés par le sceau du « Poinçon de Genève ». La cerise étincelante sur un très beau gâteau d’anniversaire.
Aux 30 prochaines années de Chopard L.U.C. !



