Skip to content

Francis Bourgeois explique pourquoi il observe les trains

« Pour moi, ce sont surtout les sons du chemin de fer qui sont une source d’inspiration : le crissement des rails, les vibrations du métal, le grondement des moteurs de traction… »

Rendez-vous dans n’importe quelle gare du Royaume-Uni, en particulier sur une grande ligne, et regardez au bout du quai. Vous y verrez presque certainement un observateur de trains. Parfois, ils seront nombreux, parfois seulement une poignée, selon les trains attendus. Les observateurs de trains et les passionnés de chemin de fer peuvent être de tout âge, de tout genre et de tout tempérament.

On nous reconnaît facilement : un carnet, un appareil photo, assis sur un banc à attendre le passage d’une locomotive ou debout au bout du quai pour préparer une prise de vue. « Vous êtes là pour le train spécial ? » : une question qui peut transformer une sortie en solitaire en aventure avec d’autres passionnés. Les observateurs de trains comme moi peuvent nouer instantanément des liens grâce à notre passion commune pour les chevaux de fer qui galopent sur notre réseau.

Au Royaume-Uni, l’observation des trains a débuté au début du XIXe siècle, alors que le transport ferroviaire faisait tout juste son apparition. À l’époque, cette pratique n’était pas nécessairement documentée, mais il ne fait aucun doute que des enfants émerveillés, des parents admiratifs en silence et des grands-parents curieux contemplaient avec fascination la Rocket de George Stephenson tandis qu’elle avançait en soufflant à 30 mph. Au XXe siècle, le romantisme des voyages en train et la beauté des locomotives à vapeur ont commencé à nourrir une véritable fascination pour le chemin de fer. La Duchess of Hamilton, la Flying Scotsman et les locomotives de la classe A4, notamment la Mallard [1] qui, en 1938, a battu le record de vitesse d’une locomotive à vapeur en atteignant 126 mph dans le Lincolnshire, ont toutes contribué à ancrer dans l’esprit du grand public l’image saisissante du chemin de fer.

Francis Bourgeois assis à une table de salle à manger, la tête entre les mains
Francis Bourgeois, la main droite devant le visage

Par la suite, les numéros figurant sur les flancs des locomotives — non seulement les machines emblématiques, mais aussi les bêtes de somme des gares de triage — ont donné une nouvelle dimension à l’observation ferroviaire à cette époque. Vers la fin des années 1930, près de 20 000 locomotives à vapeur circulaient sur le réseau, chacune portant un numéro unique et certaines ayant également un nom. Les passionnés les relevaient, ainsi que d’autres informations pertinentes, pour les consigner dans un carnet, comme on collectionnerait des timbres ou des pièces de monnaie.

Après la Seconde Guerre mondiale, l’industrie ferroviaire connut de profonds bouleversements : les locomotives diesel commencèrent à supplanter leurs homologues à vapeur, une évolution renforcée par le plan de modernisation de 1955, dans le cadre duquel les constructeurs furent chargés de produire en petites séries plusieurs classes de locomotives électriques et diesel. À l’issue d’essais menés sur le réseau, les locomotives les plus fiables, les plus puissantes et les plus performantes furent retenues pour de nouvelles commandes. Il en résulta une multitude de classes distinctes de locomotives diesel, plus ou moins rares, exploitées dans différentes régions et fabriquées par diverses entreprises avec des moteurs différents, tandis que la vapeur vivait ses dernières heures de gloire.

It was certainly an exciting time to spot trains. Lines of children would sit with their legs over the edge of the platform, all with notepads, writing down numbers, while older spotters stood behind. Through the 1970s and 1980s, electric and diesel locomotives and multiple units dominated the lines. Steam was no longer the principal source of power. Railway photography became an increasingly popular way of cataloguing locomotives that had been spotted.

Les années 1990, marquées par la privatisation, virent apparaître de nouvelles livrées. Les passionnés de trains immortalisaient désormais ces moments avec des caméscopes, même s’ils continuaient à consigner les numéros dans leurs fidèles carnets. Au début des années 2000, les vestiges diesel et électriques du siècle précédent commencèrent à disparaître, remplacés par des locomotives et des rames automotrices plus performantes, moins polluantes et plus silencieuses. Certains des premiers passionnés de trains commencèrent eux aussi à se faire plus rares.

« Le chemin de fer stimule différentes parties de mon cerveau »

Dans les années 2010, les passionnés d’observation ferroviaire ont trouvé leur place sur des sites comme Flickr et Facebook, qui ont révolutionné la façon de partager les circulations exceptionnelles d’une journée donnée. Instagram a amplifié le phénomène, puis TikTok. Une nouvelle génération, plus jeune, de passionnés a commencé à émerger et à tisser des liens. Les quais de gare du siècle dernier sont désormais virtuels : groupes de passionnés, discussions consacrées à l’observation ferroviaire et fils d’actualité sur les réseaux sociaux rassemblent les amateurs. Les quais sont bondés, et je suis heureux d’en faire partie.

Le chemin de fer stimule différentes parties de mon cerveau. L’énorme quantité de mouvement d’un train en marche, contrastant avec la contrainte directionnelle imposée par les rails, me procure un étrange sentiment de calme. La trajectoire du train est tellement prévisible qu’il est facile de savoir ce qui va se passer ensuite. L’observation des trains répond également à mon désir de collectionner, qui a commencé avec les petites voitures Hot Wheels lorsque j’étais tout-petit, puis s’est poursuivi lorsque je notais les caractéristiques des voitures qui me plaisaient. Aujourd’hui, je consigne mes rencontres avec des locomotives dans des vidéos et des photos, que je classe et date.

« Ce qui n’est peut-être que l’ambiance sonore d’un trajet quotidien est, pour moi, un hymne à ma passion »

Pour moi, les principaux stimuli du chemin de fer sont les sons : le crissement des rails, les vibrations du métal, le grondement des moteurs de traction, le martèlement des groupes motopropulseurs diesel, les sonorités explosives. L’énergie sonore du chemin de fer me donne la chair de poule et fait naître comme une décharge électrique dans mon corps. Je pourrais volontiers voyager toute la journée à bord d’une rame de classe 455 en écoutant ses moteurs de traction Vossloh Kiepe [2] rénovés, bercé par les variations de leur tonalité. Le tunnel situé juste après Leatherhead est un endroit particulièrement propice pour assister à une démonstration du hurlement animal qui jaillit de sous les voitures. Ce qui, pour d’autres, n’est peut-être que l’ambiance sonore d’un trajet quotidien est, pour moi, un hymne à ma passion.

Lorsque j’ai entrepris d’écrire mon premier livre, Le Carnet du ferrovipathe, je voulais présenter le ferrovipathisme dans toute sa richesse. Les moments d’exaltation absolue. Les moments de déception qui vous coupent dans votre élan. Des trains poursuivis jusqu’au fin fond du pays de Galles à la nécessité de concilier les codes de ce qui est cool avec ma passion de toujours. Je voulais donner un aperçu du ferrovipathisme, qui, vu de l’extérieur, peut sembler étrange, voire laisser perplexe : pourquoi rester des heures au bout d’un quai ou sur un pont, ou parcourir des centaines de kilomètres sous une pluie battante ou un soleil de plomb, simplement pour voir un train ?

J’espère que cela aidera aussi les gens à se souvenir de leurs passions d’enfance et, peut-être, si elles sommeillent encore en eux, à renouer avec les joies de la jeunesse. Quant aux autres passionnés de trains qui me lisent, en particulier ceux qui sont encore à l’école, ne renoncez pas à votre passion. L’idée que l’on se fait généralement de ce qui est cool peut éroder votre attachement à ce loisir, mais restez fidèles à vous-mêmes. Les trains, c’est cool.

[1] La Mallard, un train remarquable de style Art déco, a atteint le 3 juillet de cette année-là le record de vitesse qui tient toujours, conduite par Joe Duddington et le chauffeur Thomas Bray.

[2] Connue sous le nom de Kiepe Electric GmbH depuis 2017, l’entreprise basée à Düsseldorf est également spécialisée dans les bandes transporteuses.

Terminologie des passionnés de chemin de fer

Illustration d’un homme observant un train avec des jumelles

A-Z

BASH

Voyager à bord d’un train particulier afin de voir en action une locomotive recherchée

BATTU

Lorsque la vue d’un train ou d’une locomotive que vous espériez voir est masquée par un autre train passant devant

VOYAGE EN CABINE

Voyage dans la cabine de conduite à l’avant du train

HACHEURS

Surnom donné aux locomotives de classe 20, en raison du bruit saccadé de leur échappement

CRASSE

Suie rejetée par le pot d’échappement, créant un nuage sombre

VILEBREQUIN

Un passionné de chemin de fer

ECS

Rame voyageurs vide ; le train ne transporte aucun passager et n’est pas en service

FLAIL

Agiter un bras de haut en bas pour manifester son appréciation au passage d’une belle locomotive

BANANE VOLANTE

Surnom donné au New Measurement Train (NMT), car l’ensemble du train est jaune et peut circuler à une vitesse allant jusqu’à 125 mph

GEN

Informations sur la date et le lieu de circulation d’une locomotive, ou sur le service qu’elle assurera

GRONK

Surnom donné aux locomotives de manœuvre de la classe 08

GROGNEUR

Surnom donné aux locomotives de la série 37

ENFER

Une expression que l’on crie généralement lorsqu’un moment exceptionnel se produit pendant une séance de trainspotting

HST

Train à grande vitesse. On peut considérer que ce terme ne devrait être utilisé que pour désigner la Class 43.

INSECTES

Jeunes passionnés de chemin de fer

BOUILLOIRE

Locomotive à vapeur

LOCOMOTIVE HAUT-LE-PIED

Lorsqu’une locomotive circule seule, sans train

TRAIN TOURISTIQUE

Un train spécial privé affrété spécialement pour les passionnés de chemin de fer

TRAIN À FOND

Le bruit produit lorsqu’une locomotive monte en puissance, en particulier celui des locomotives bruyantes comme celles de la classe 37

Le Carnet du ferrovipathe de Francis Bourgeois est disponible dès maintenant (Bantam Books, 20 £)

Envie de lire d’autres interviews ? Découvrez notre article sur les raisons pour lesquelles le producteur de musique Labrinth rêve de partir dans l’espace…

Devenez membre de Gentleman’s Journal. En savoir plus ici.