Francis Kurkdjian dévoile l’art derrière Dior Sauvage Extrait
Le directeur de la création des parfums Dior explique comment une technique ancestrale issue du monde de l’art a inspiré la nouvelle concentration d’exception de la maison…
- Texte: Jonathan Wells
Les grands artistes ont toujours compris le pouvoir du contraste. La différence entre la lumière et l’ombre peut tout changer, en donnant à une peinture de la profondeur, une intensité dramatique et du caractère. Les maîtres italiens avaient un nom pour cela : « chiaroscuro ».
Le parfum fonctionne à peu près de la même manière. Les fragrances les plus mémorables sont rarement simples. Et celles qui rencontrent le plus de succès — comme Dior Sauvage — reposent sur de tels contrastes. D’abord fraîches, elles peuvent ensuite révéler des notes plus chaudes et plus profondes. Selon l’angle sous lequel on les perçoit ou le moment où on les porte, elles peuvent dévoiler des facettes totalement différentes.
Cette sensibilité artistique a été essentielle pour Francis Kurkdjian, directeur de la création des parfums Dior, lorsqu’il s’est vu confier la création de Dior Sauvage Extrait — une interprétation plus riche et plus intense de l’un des parfums les plus célèbres au monde. « En un peu plus de dix ans, explique-t-il, Sauvage est devenu l’archétype du parfum masculin contemporain. Il définit, incarne et façonne son époque. »
Ce qui rendait le défi particulièrement redoutable. Comment Kurkdjian pouvait-il partir d’une fragrance déjà familière à des millions de personnes — portée chaque jour par des hommes du monde entier — et en révéler une facette que personne n’avait encore jamais découverte ?

Photo: Adam Whitehead for Christian Dior Parfums
Pour le parfumeur, il n’a jamais été question de repartir de zéro. Pourquoi l’aurait-il fait ? Si Sauvage connaît un tel succès, ce n’est pas sans raison. Kurkdjian a donc étudié chaque note et chaque nuance de la fragrance jusqu’à en saisir clairement toute la composition olfactive. Il s’est ensuite mis au travail pour déterminer comment renforcer encore ce succès et approfondir le pouvoir de séduction du parfum.
« J’ai bien sûr conservé la signature olfactive », explique Kurkdjian à propos de la fraîcheur vivifiante de la bergamote et de la chaleur aromatique de l’Ambroxan, maintenues au cœur du parfum, « tout en l’emmenant vers une profondeur et une noblesse inédites, grâce à un effet de clair-obscur créé par des notes boisées ».
Voilà encore ce mot — cette technique utilisée par les peintres et les portraitistes pour donner forme, matière et profondeur à leurs sujets. Mais Kurkdjian, artiste d’un autre genre, a manié le clair-obscur avec subtilité dans sa création de Dior Sauvage Extrait. Il s’agit peut-être de la concentration la plus élevée jamais réalisée pour cette composition olfactive, mais il a fallu faire preuve de retenue pour parvenir au juste équilibre — presque comme lors de la restauration d’une œuvre d’art, lorsqu’on insuffle une nouvelle vie à un chef-d’œuvre.
« J’ai bien sûr conservé la signature olfactive… »
« Un Extrait est tout simplement la forme olfactive ultime d’un parfum, celle qui en révèle la quintessence, explique Kurkdjian. Sa forme la plus intense, la plus concentrée et sans doute la plus aboutie. »
Pour atteindre ce sommet de la parfumerie, Sauvage Extrait est maturé pendant 42 jours, afin que le parfum puisse déployer toute son intensité avant même de rencontrer la peau. Il en résulte non pas simplement une interprétation plus intense ou plus puissante de Sauvage, mais une création dotée de davantage de caractère et d’expressivité. Et c’est là que le clair-obscur prend véritablement tout son sens.

Patchouli (Photo: Christian Dior Parfums)

Vetiver (Photo: Christian Dior Parfums)

Lavender (Photo: Christian Dior Parfums)
« J’ai imaginé un dialogue entre des bois sombres et des bois clairs », explique Kurkdjian. La facette la plus sombre de ce jeu olfactif, ajoute-t-il, provient du patchouli d’Indonésie et du cèdre de l’Atlas, qui posent ensemble les bases parfumées d’une composition riche et structurée. Le cèdre de Virginie et le vétiver de Madagascar leur répondent dans un contrepoint plus léger et plus vif, apportant une certaine clarté à cet échange.
« Et, au cœur même de cet échange, le bois de oud vietnamien intervient, poursuit Kurkdjian, vibrant, animal et captivant. » Le oud occupe en effet depuis longtemps une place fascinante dans l’univers de la parfumerie. Rare et complexe, il possède une présence unique — sombre, sensuelle et résineuse. Mais il peut se révéler envahissant et doit donc être utilisé avec parcimonie.
« Je ne l’ai pas laissé prendre le dessus sur le parfum, explique Kurkdjian. J’ai plutôt créé un espace unique où il pourrait rayonner avec élégance. » Et l’élégance est bien le maître-mot. Malgré son caractère intense et affirmé, Sauvage Extrait fait preuve d’une remarquable maîtrise. Mais il a fallu le dompter pour parvenir à une telle grâce. « Je l’ai considéré comme un pur-sang à apprivoiser, confie le parfumeur. Un “mustang sauvage” à dresser en l’intégrant à cette composition boisée tout en contrastes. »

Photo: Christian Dior Parfums
Mais cela ne signifiait pas pour autant priver le parfum de son caractère instinctif et élémentaire. Kurkdjian tenait à ce qu’il conserve une certaine audace. « Mon objectif n’était pas de créer un parfum qui plaise à tout le monde, explique-t-il, mais plutôt un parfum qui éveille les sens. Et d’y parvenir en “sélectionnant” les ingrédients les plus nobles, issus d’un approvisionnement rigoureux et concentrés à l’extrême. »
En parlant de curation, nous revenons — une fois encore — au monde de l’art, avec lequel Kurkdjian ressent manifestement une affinité. Le parallèle est compréhensible : tout comme les galeristes et les gardiens de chefs-d’œuvre doivent décider de la meilleure façon de les présenter ou de les restaurer, le parfumeur s’est fait le dépositaire d’une icône. Et il a refusé de jouer la carte de la prudence. « C’est là que réside le luxe, estime-t-il : dans cette prise de risque. »
Le risque s’est avéré payant. Dior aurait facilement pu jouer la prudence avec Sauvage Extrait — une légère retouche, un repositionnement tout en douceur. À l’inverse, la maison aurait pu aller trop loin, dénaturant son parfum emblématique jusqu’à le briser. Mais, sous la direction artistique de Kurkdjian, c’est plutôt une sorte de réinterprétation qui nous est proposée — le parfum que nous connaissons, mais plus sombre, plus riche.
Kurkdjian estime avoir « défini l’essence même de Dior » en créant cette nouvelle expression de Sauvage. Et lorsqu’on lui demande de préciser ce qu’il entend par là, sa réponse se révèle aussi assurée et impérieuse que le parfum lui-même : « Héritage et audace, tradition et irrévérence. »
Dior Sauvage Extrait, 153 £ les 50 ml, dior.com
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